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En bordure d’une humanité ordinaire

C’est dans son corps qu’on va puiser de quoi refaire la réalité, de quoi se refaire en réalité, et se refaire une réalité.
Pas de bouche Pas de langue Pas de dents Pas de larynx Pas d’oesophage Pas d’estomac
Pas de ventre Pas d’anus Je reconstruirai l’homme que je suis. Antonin Artaud
Longtemps on s’est persuadé qu’un autoportrait consistait, pour un peintre, à « montrer son visage ». Comme si le visage, bien qu’intime, représentait en outre une reconnaissance sociale. L’artiste se peindrait en vue de s’immortaliser…
Or les photographes présentés ici nous montrent leur singularité et aussi ce que nous, regardeurs, pensons que nous ne sommes pas.
Avec une supériorité altière, une agressivité de défi éternel, un orgueil et une provocation insupportables aux petits esprits, l’autoportrait fait passer par l’excès et la démesure, la passion qui habite le créateur.
– Un autoportrait peut parler de filiation, de propriété, d’articulation de la famille, de politique de la société bourgeoise. (Journiac – Berra)
– Un autoportrait peut nous confronter à l’inconnu – mélangeant la réussite et l’échec – ou à un passé qui n’a pas encore été vécu ou
à une mort qui a déjà eu lieu. (Appelt – Svolik)
– Un autoportrait peut refuser l’identité classée, surveillée, contrôlée, en ne retenant pas telle attitude comme exclusivement masculine
ou comme évidemment féminine. (Molinier )
– Un autoportrait peut proposer des masques, menaçants ou jouissifs,annonçant la dissemblance, la différence, la dissonance, la discrimination.
(Nebreda – Försterling – Lamouille)
– Un autoportrait, peut tenter de reconstruire ce qu’un Souffle, une Voix, un Mystère a brisé, explosant le noyau du moi, en introduisant à dose homéopathique du temps empirique dans le
Temps pur. (Saudek – Roche – Opalka)
– Enfin un autoportrait peut offrir le face à face classique, frontal, de la représentation d’une partie du corps, (Huijbers – Cahen) mais aussi par un
jeu complexe d’ombre, subtilement, l’artiste tente d’apprivoiser ses ténèbres (Daubas – Hervé Guibert – Alix Cléo Roubaud).
Les prises de position, (parfois contradictoires, parfois complémentaires, entre éroticité et mort) de chacun de ces artistes furent pour moi, collectionneuse, une confrontation – mais je crois qu’il y art aussi dans l’affrontement – avant de devenir le souhait d’un partage. C’est pour rendre présentes à autrui les vibrations et la complexion des oeuvres, que j’espère faire acte de commutation (au sens de
commutateur qui éclaire) grâce à un certain agencement, une certaine architecture non pas pour faire du théâtre, mais pour se révolutionner soi-même, et saisir une chance d’accéder à l’intelligence de la photographie.
Madeleine Millot Durrenberger. Janvier 2015

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